La création en 2008 de l’équipe d’accueil CNEP (Centre des Nouvelles Etudes sur le Pacifique, EA 4242) traduit l’effort de restructuration des recherches en sciences humaines de l’UNC autour d’un programme principal "Activités minières et développement en Nouvelle-Calédonie" et d’un programme secondaire intitulé "Les langues océaniennes et le français, langues d’enseignement et de culture".
Les quatre grands axes du programme principal "mine" qui intègre recherche fondamentale et recherche appliquée sont
1 - Les représentations de la mine ;
2 - Histoire et géopolitique de la mine ;
3 - Mines, société et développement durable ;
4 - Mine et aménagement du territoire.
Au sein de chacun de ces axes, une collaboration transversale est prévue entre spécialistes de littérature, linguistes, anglicistes, ethnologues, anthropologues, politologues, archéologues, historiens, géographes, juristes et socio-économistes.
La mine, depuis un siècle et demi, est l’un des plus forts marqueurs identitaires de la Nouvelle-Calédonie et de plusieurs autres territoires du Monde Pacifique. Ainsi, la société contemporaine calédonienne apparaît comme le produit d’une construction coloniale fondée sur la mise en exploitation de richesses minérales grâce à l’apport continu de main d’oeuvre extérieure. Il est nécessaire pour en comprendre la complexité et la diversité du phénomène de l’étudier dans une perspective diachronique croisant le développement des activités industrielles, l’apport des populations exogènes et les visions autochtones des territoires et de leurs ressources. L’analyse des textes et des discours tenus sur la mine et sur les communautés vivant en relation avec la mine, par tous les acteurs de la vie sociale, fera l’objet d’un traitement prioritaire par le CNEP. Cela concerne non seulement la Nouvelle-Calédonie mais aussi les autres entités territoriales océaniennes, voire d’autres régions du monde dans le cadre de la littérature comparée. La finalité sera de mieux comprendre, via un essai de modélisation, la genèse et les mécanismes des incessants conflits qui jalonnent l’activité minière en Calédonie et dans le monde.
Les besoins des pays industrialisés et ceux des puissances émergentes sont actuellement à l’origine d’une forte demande en matières premières. Les pays de la sphère océanienne en ressentent les effets en terme de pression des grandes multinationales minières. Quelles sont les stratégies de ces dernières envers les micro-Etats insulaires ? Quelles positions adoptent ces Etats, des plus petits aux plus grands comme l’Australie ? Quels sont les mécanismes et les effets de la corruption ? Quelles sont les politiques des métropoles vis-à-vis de leurs territoires éloignés ou sous-peuplés sur lesquels sont ancrées des communautés marquées par la coutume ? Quel est le jeu des organismes régionaux et internationaux, y compris les ONG ? Comment ont été gérés les conflits tels que ceux qui ont surgi à Bougainville et par quels acteurs internationaux ? L’éclairage qui sera offert par les réponses à ces questions et qui fera l’objet d’un essai de modélisation paraît indispensable à la bonne compréhension du phénomène minier en NC. L’Australie, Nauru et la Papouasie NG feront l’objet d’une attention particulière de même que l’étude des multinationales impliquées.
Il s’agit d’analyser à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie les impacts et bénéfices que notre société peut tirer du développement minier. Cela amène à revenir sur les fondements historiques de la société calédonienne en explorant les enseignements de l’archéologie et de l’histoire. Le rôle des acteurs sociaux dans l’initiative économique, l’impact du développement minier sur l’économie familiale, sur les références culturelles, les modes de vie, sur la biodiversité et sur les paysages, les facteurs de blocage et les atouts sociaux à un développement durable. Les politiques des grandes sociétés minières, les politiques publiques, les initiatives privées mises en œuvre pour aller dans le sens du développement durable seront également examinées, notamment en ce qui concerne la valorisation du patrimoine. De ce point de vue, il sera nécessaire de faire un inventaire prenant en compte les savoirs faire anciens des populations dans leur ensemble (Kanaks et peuples établis depuis le 19e siècle) et mettant en évidence des savoir-faire proprement calédoniens.
Ce dernier volet traite de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie à l’épreuve des deux nouvelles usines relève plus particulièrement de la recherche appliquée en géographie et en socio-économie.
Comment aménager le territoire calédonien de manière harmonieuse, en permettant un rééquilibrage des activités, des richesses et de la distribution de la population sur la Grande Terre ?
Trois opérations seront prioritaires : aménagement du territoire en milieu coutumier de manière à aider à maîtriser les effets d’un pôle minier, développement minier et urbanisation, développement minier et ruralité.
Les travaux et analyses sociolinguistiques des chercheurs de l’équipe, réalisés ces dernières années, soulignent les conséquences négatives de la survalorisation du français dans la société calédonienne et de l’obsession de la norme du système scolaire. Pour minimiser les effets néfastes de la politique linguistique unilingue en contexte plurilingue et pluriculturel (diglossie, double contradiction de l’apprenant, insécurité linguistique etc.), la société doit valoriser les langues minorées ; cette valorisation est possible dans le système scolaire calédonien où depuis les accords de Nouméa « les langues kanak sont, avec le français, des langues d’enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie ». La même analyse vaut pour la Polynésie française où un dispositif expérimental a été mis en place visant à renforcer l’enseignement des langues polynésiennes à l’école primaire publique.
Les travaux de recherche sont orientés vers la sociolinguistique appliquée, et la didactique des langues et des cultures, avec comme axes majeurs :
1 - Le français comme langue de scolarisation et de culture (francophone et scolaire)
2 - Les langues kanak comme langues d’enseignement
3 - toutes les langues des enfants comme langues de culture et d’interculturalité
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